Monestiés : Mise au tombeau


Une hymne tarnaise à la beauté sculptée

Mgr Jean Legrez découvre la Mise au tombeau de Monestiés

Un chef-d’œuvre sculpté qui a traversé 5 siècles

Ce qui frappe en arrivant à Monestiés, c’est d’abord ce caractère de village typique et retiré ; il n’est pas comme Cordes ou Castelnau-de-Montmiral, perché sur un point haut et visible de loin. En venant par la route de Cordes, on le découvre surgissant dans son écrin de verdure sur une boucle de la rivière Cérou.

Un ensemble statuaire exceptionnel dans sa disposition d’origine
C’est dans la chapelle Saint-Sauveur de l’hôpital Saint-Jacques qu’ont été placées les statues provenant du château de Combefa démantelé en 1761. C’est grâce à une heureuse initiative des habitants de Monestiés que nous devons leur rapatriement, approuvé par le cardinal de Bernis. En effet, en 1774, cet ensemble quitte la chapelle épiscopale du château de Combefa pour gagner Monestiés sur des chars à bœufs, par le chemin de Compostelle qui va de Rodez à Toulouse. Depuis cette date, les statues ont retrouvé leur disposition d’origine -mise au tombeau, pietà et croix- celle qu’avait voulue Louis d’Amboise, leur prestigieux commanditaire.

Un commanditaire de haute lignée
Ce dernier a été le conseiller et collaborateur de plusieurs rois de France ; en tant qu’évêque d’Albi, on lui doit les fresques du jugement dernier, le cloître du chœur et la tour du clocher de la cathédrale Sainte-Cécile. Dans la mise au tombeau de Monestiés, il s’est lui-même fait représenter au premier rang tenant le linceul du Christ ; les initiales de son nom "L A" sont inscrites sur le tissu de son vêtement.

Une expression du mystère pascal
Mécène, artiste et commanditaire, Louis d’Amboise est aussi comme l’a souligné Gilbert Assémat, un « théologien de grande envergure ». En effet, depuis 1992, la représentation triangulaire de la chapelle Saint-Jacques permet de mettre en relief à la fois la disposition des personnages et la signification profonde du mystère pascal. Les statues muettes, semblent parler ; l’expression paisible du Christ au tombeau le fait déjà entrer dans la gloire de la Résurrection. Tous les regards étonnamment priants et recueillis des personnages environnants semblent accompagner cette grâce mystique que l’artiste de Monestiés a sublimement exprimée : douleur de la Passion certes mais aussi déjà la paix que le Ressuscité va insuffler à ses Apôtres, reclus dans le cercle sécurisé du Cénacle.

M onestiés, Monestiés, quels sont ces personnages
O fferts à notre vue, vivant livre d’images ?
N‘est-ce pas Louis d’Amboise qui les commandita,
E xpert et pieux mécène, présent à la Pietà ?
S ous leurs amples costumes aux plis bien ajustés,
T ous ces acteurs de pierre, criant de vérité,
I nterpellent avec force le passant subjugué.
E lles disent quelque chose ;- je commence à tanguer-.
S i les pierres parlaient, langage sculptural ! -----

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M is en scène avec grâce, le tryptique sacré
I nscrit dans la chapelle un récit dramatique ;
S urgissant du passé, les visages nacrés
E xpriment une douleur contenue, pathétique.

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A u milieu des orants, Jésus repose en paix ;
U n nimbe de douceur illumine ses traits.
T out est-il donc fini après la sépulture ?
O ù est-il le Seigneur, par la foule acclamé,
M ouvante et prescriptrice d’une affreuse torture ?
B arabbas libéré, l’innocent est livré.
E lle se dresse la Croix, glorieuse et non figée,
A vant l’aube exultante aux avant-goûts de miel ;
U n soleil de justice rouvre la clé du ciel.

Pierre-Jean ARNAUD
Achevé de composer le vendredi 10 septembre 2010.
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Pour aller plus loin Ceux qui veulent aller plus loin pourront consulter deux ouvrages magnifiques, écrits sur ce chef d’œuvre : La mise au tombeau de Monestiés d’Antoinette et Jean Sangouard avec photos de Donatien Rousseau ; ils sont à l’origine de la restauration de 1992 et fournissent beaucoup d’explications historiques et de détails techniques sur la sculpture médiévale et sur celle de la Renaissance.
Ensuite, Monestiés, les statues de la chapelle de Combefa du père Gilbert Assémat, ancien vicaire général d’Albi, à la connotation beaucoup plus spirituelle et qui jette un regard éclairé d’une grande foi sur ce chef-d’œuvre qui a traversé cinq siècles.
Pierre-Jean ARNAUD


[1] Merci à Michel et Marie-Claude Escourbiac pour leur mise à disposition de livres, cf. dernière diapo. Merci à Raymond Fau, Nadine Bonleux, François et Jacqueline Danet pour leur accompagnement.


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