Caté-Clip II : Une affirmation


Caté-Clip I : Catéchèse et présence

Nous avons vu avec Bernadette comment le signe de la croix peut nous aider à relire notre foi. En comprenant bien d’où vient ce signe de la croix, nous pouvons le faire avec plus de profondeur et plus d’attention.

Je vous rappelle brièvement que ce signe apposé sur le front de ceux qui sont sauvés, parce qu’ils sont tournés vers Dieu, était utilisé bien avant la naissance de Jésus Christ quand le peuple hébreu a vécu son exode et sa déportation d’Égypte et de Babylone. Il rappelle la lettre « tau » de l’alphabet hébreu qui conclut cet alphabet. Ce « tau » représente une barre horizontale ajustée sur une barre verticale. C’est la croix.

Elle n’a rien de romantique. C’est un vulgaire poteau muni d’une traverse sur lesquels les Romains attachaient ou clouaient les condamnés. Ils étaient bras écartés, dans le seul but de les faire souffrir jusqu’à ce qu’ils meurent d’asphyxie.
La croix représente donc le plus négatif de l’expérience humaine : la violence, la souffrance et la mort.

Mais c’est précisément ce poteau et cette poutre que Dieu a utilisés pour manifester son amour à tout être humain. En effet, Jésus Christ a ainsi rejoint et assumé le pire de notre souffrance. Mais encore, lui, le fils de Dieu fait homme, en a fait le lieu de rencontre entre Dieu et l’homme.

Dieu était, jusqu’à la croix, un peu extérieur à l’homme, différent de lui, parfois incompréhensible, souvent absent à la réalité et à la conscience de l’homme. Par la venue de son Fils parmi nous, il a voulu nous montrer sa proximité, son attention permanente, et sa volonté de nous rassembler.
Nous sommes tous enfants de Dieu par notre baptême, et depuis notre naissance nous sommes appelés à vivre et à aimer comme Jésus. C’est donc dans la réalité de la croix que l’homme devient enfant de Dieu. Déjà à notre naissance et à notre baptême, nous recevons sur notre front le signe de la croix.

Tout baptisé reçoit ainsi la clé de toute sa vie spirituelle. Il peut alors, avec le Christ, faire de sa vie un passage vers la réalité de Dieu qui nous attend. La croix s’avère donc l’unique porte d’entrée dans un monde nouveau. Ce monde est déjà présent dès ici-bas, et Jésus l’appelle souvent « le Royaume de Dieu, le Règne de Dieu ».

Marie, de son côté, a elle-même introduit Bernadette dans ce Royaume par le signe de la croix et elle lui a décrit ce monde de l’au-delà de la croix en lui disant : « je ne vous promets pas de vous rendre heureuse à la manière de ce monde, mais bien à la manière de l’autre monde ».
Pour nous comme pour Bernadette, le signe de la croix est bien le signe de ce que nous sommes aujourd’hui. En accomplissant ce geste, nous reconnaissons donc notre misère, notre souffrance, notre péché et notre condition mortelle. Comme pour Bernadette, le signe de la croix est, en même temps et inséparablement, la proclamation, l’affirmation de l’amour de Dieu manifesté dans la croix de Jésus Christ.

Ainsi comme pour Bernadette, en traçant sur nous le signe de la croix, nous manifestons que nous sommes aimés par Dieu et que par son amour, nous sommes appelés à aller au-delà de toutes nos misères.
Commencée au plus négatif de l’expérience humaine, cette transformation est appelée à s’achever en Dieu. Tel est bien le passage de la réalité de l’homme à celle de Dieu. La croix en est le signe et Dieu en est l’artisan.

En accomplissant ce geste donc, nous faisons d’abord une affirmation à nos yeux, comme un rappel, mais aussi aux yeux de ceux qui nous entourent et avec qui nous pouvons affirmer notre foi.
Nous n’avons pas à rougir de la croix du Christ, mais plutôt à en être fiers.
La croix évoque pour nous le salut. Pour ceux qui vont à leur perte, elle est aussi vraiment une folie, mais pour nous qui nous savons sauvés, elle est force de Dieu. C’est saint Paul qui l’a dit dans une lettre aux Colossiens. Ce n’est pas seulement un homme qui mourait pour nous, mais le fils de Dieu, Dieu fait homme.

Oui, Jésus a réellement souffert pour tous les hommes. La croix n’était pas un simulacre ; sinon la rédemption elle aussi serait un simulacre. Le Christ a été réellement crucifié ; nous n’avons pas à en rougir. Il a été crucifié réellement, nous n’avons pas à le nier.

Cyrille de Jérusalem, dans une catéchèse de baptême, disait que « si je le niais, le Golgotha lui-même me réfuterait. Je reconnais la croix parce que je connais la résurrection. Si le crucifié était resté dans la mort, sans doute n’aurais-je pas reconnu la croix et l’aurais-je cachée comme le soupçonnait Marie-Madeleine en parlant du corps du Christ au matin de la résurrection. Mais la résurrection a suivi la croix, et je ne rougis pas de parler d’elle ». Nous sommes comme Marie-Madeleine, revigorés par la résurrection.

Ici aujourd’hui à Lourdes sont rassemblés des malades, des médecins, des infirmières, des blessés de la vie et tous ceux qui, avec les jeunes, veulent un peu réfléchir et mieux comprendre ce qu’ils vivent, pour le faire pleinement comme Bernadette. Chacun vient affirmer toute sa foi par ce geste.

Je terminerai en vous citant un texte d’Édith Stein, Thérèse Bénédicte de la croix. Elle disait : « élève ton regard vers la croix. Du cœur ouvert jaillit le sang du rédempteur, le sang qui éteint les flammes de l’enfer. Libère ton cœur... Et le flot de l’amour divin le remplira jusqu’aux confins de la terre. Entends-tu le gémissement des blessés ? Tu n’es ni médecin, ni infirmière, et tu ne peux pas panser leurs plaies. Tu es cloîtrée, dans ta cellule, et tu ne peux pas parvenir jusqu’à eux. Entends-tu le cri d’angoisse des mourants ? Tu voudrais être un prêtre et les assister. Es-tu ému de la détresse des veuves et des orphelins ? Tu voudrais être un ange consolateur et te porter à leur secours. Lève les yeux vers le crucifié. Si tu te relies à lui, son précieux sang sera aussi le tien. Il t’animera. Lié à lui, tu seras présent partout, comme il l’est aussi. Non pas ici ou là, comme le médecin, l’infirmière ou le prêtre, mais sur tous les fronts, à chaque lieu de désolation, présent dans la force de la croix. Les yeux du crucifié se posent sur toi : ils interrogent, ils te scrutent. Es-tu prêt à refaire alliance avec lui ? Que vas-tu lui répondre ? Peut-être comme les apôtres : « Seigneur, à qui irions-nous ? Toi seul as les paroles de la vie éternelle ».
Christian Mégret , Pèlerinage diocésain, Lourdes 2010

Caté-Clip III : Un don



Version imprimable de cet article Version imprimable envoyer l'article par mail envoyer par mail