Bonjour à tous,
vous avez pu remarquer qu’en cette année 2010, nous avons prévu au cours du pèlerinage diocésain à Lourdes trois séquences de clip. Qu’est-ce donc que ce caté-clip ?
C’est une catéchèse, en raccourci. Une catéchèse c’est une rencontre destinée à enseigner et à informer.
Je vous informerai donc un peu de ce qui a été développé au cours du colloque de la fin 2009 sur le thème de l’année : Le signe de la croix, synthèse de notre foi.
Marie enseigne Bernadette
Mais ici à Lourdes principalement cette année nous reprenons ce signe de la croix à la lumière de ce qu’a vécu Bernadette qui fut enseignée par la Vierge Marie au cours des apparitions. Bernadette lors de la première apparition, le 11 février 1858, a aperçu une lumière au fond de la grotte et comme pour se prémunir, elle a pris son chapelet dans sa poche.
Ce geste au départ n’est peut-être pas fait dans l’intention de réciter le chapelet. Elle l’a pris parce qu’au bout du chapelet il y a une croix. Elle veut s’en servir pour faire un signe de croix. Mais comme elle aime à répéter maintes fois, « le bras m’est tombé ».
Pourquoi Bernadette a-t-elle adopté naturellement ce geste ?
Depuis qu’elle est née, son chapelet la suit partout. Il est toujours dans sa poche.
Chaque fois que quelque chose d’étrange intervient dans la vie de Bernadette, elle prend son chapelet. C’est un peu comme une sécurité qu’elle garde avec elle.
Son geste peut se comprendre alors comme un geste magique, un geste pour se protéger.
Mais dans la suite du récit qu’elle a fait de la première apparition, elle a ajouté que la Dame a pris à son tour la croix du chapelet qui pendait à son bras. Elle l’a porté à son front et elle a fait à son tour le signe de la croix. Et alors, Bernadette dit qu’elle a pu le faire. Elle dit aussi que toute peur a disparu. Elle n’a plus peur. Elle ne fera plus le geste de la croix comme un geste magique.
Pensons, déjà ici, à ceux qui utilisent ce geste pour se prémunir contre l’adversité. Revoyez tous ces footballeurs qui se signent avant chaque match ou après chaque but. Que mettent-ils sous ce signe ?
Avec Bernadette, nous sommes à la première apparition, et on peut dire que ce geste inaugure tout ce qui va se passer par la suite au cours des autres apparitions.
Ce geste, répété chaque fois, est repris par la foule qui suit Bernadette.
Chacun commence donc son observation, sa propre participation, par ce geste.
Nous faisons, nous aussi, la même chose chaque fois que nous nous retrouvons, pour nos célébrations, pour nos messes, pour nos rencontres de groupes et chaque fois que nous démarrons notre propre prière. Nous nous plaçons tous sous le signe de la croix.
À chaque fois, nous accompagnons notre geste des paroles qui nous engagent dans sa signification : « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ».
D’où nous vient ce signe ?
Ce geste nous vient bien sûr, des premiers chrétiens, qui le faisaient aussi pour se reconnaître.
Ce geste n’est sans doute que la répétition, la reprise d’un signe qui vient de plus loin dans l’histoire du peuple de Dieu. Au livre d’Ezéchiel et dans l’Apocalypse de saint Jean, il est question d’un signe sur le front.
Le prophète Ezéchiel a vécu la destruction de Jérusalem et il a été déporté à Babylone avec les Juifs exilés. À Babylone il a vécu les atrocités qui accompagnèrent cet exode.
Il est envoyé par Dieu, dans une vision céleste, vers tous ceux qui se révoltent, non pas contre les Babyloniens, mais contre Dieu, ceux qui l’accusent de tous leurs maux et qui endurcissent leur cœur.
Il ressemble ainsi un peu à Jésus envoyé aux hommes par Dieu son Père pour reprendre son message d’amour.
Le message d’Ezéchiel parlera de miséricorde et deviendra source d’espérance. Il annoncera le retour à Jérusalem et la reconstruction. Il décrira même les plans du nouveau temple. Le Seigneur lui-même prendra son peuple dispersé, le réunira, le purifiera, lui donnera un cœur de chair et lui communiquera son esprit. (Ez. 36)
Dans les premiers chapitres du livre d’Ezéchiel, Dieu affirme vouloir détruire tous ceux qui le rejettent. La vision de l’extermination par le prophète montre six hommes, chargés de cette tâche, avec, au milieu d’eux, un homme vêtu de lin blanc. Cet homme a pour devoir d’écrire, de marquer. Il est chargé de faire un signe sur le front des hommes qui soupirent et qui gémissent contre ceux qui rejettent Dieu. Beaucoup ont gardé confiance en Dieu. Les exterminateurs ont pour consigne de ne pas détruire ceux qui sont marqués sur le front.
Le fait d’être marqué sur le front permettait d’échapper à la mort. Le Seigneur, par cet acte, sauve tous ceux qui restent fidèles et se tournent vers lui. Rappelez-vous aussi au moment de l’exode du peuple juif en Égypte, la trace qui est mise sur le montant des portes avec le sang de l’agneau ou du chevreau pour indiquer les maisons qui ne seront pas touchées par le fléau de Dieu qui passe.
Plus tard, encore, lorsque Moïse prie Dieu d’assister son peuple en lutte contre les Amalécites : son camp est gagnant tant qu’il maintient ses bras en croix.
Il sera aidé et soutenu par Aaron et Hour toute la journée, afin de garder les bras levés qui tiennent le bâton de Dieu et d’assurer ainsi la victoire. Déjà les bras en croix sont montrés comme signe de la victoire pour ceux qui sont avec Dieu.
D’un autre côté, dans le livre d’Ezéchiel le signe qui est employé pour dire ce qui est tracé sur le front est en forme de croix. En hébreu, la dernière lettre de l’alphabet c’est la lettre taw. Dans le texte de la Bible en hébreu, c’est bien un taw qui est marqué sur le front.
Bien avant la mort de Jésus sur la croix, c’est bien une croix qui peut être tracée sur le front de ceux qui seront sauvés.
Comme cette lettre est la dernière de l’alphabet hébreu, on peut considérer que ce signe vient comme une conclusion, comme une signature. C’est la signature et l’expression de la volonté de Dieu qui sauve.
Dans la Bible, le front est considéré comme le lieu du corps consacré à Dieu. C’est le lieu qui reçoit le turban qui identifie celui qui apporte les sacrifices ou les offrandes.
Le front est aussi, dans le combat de David et Goliath, l’endroit du corps par où le Philistin va être déstabilisé et mis à terre. C’est peut-être l’endroit le plus fragile, l’endroit que l’on montre quand on veut se rentrer une idée dans la tête.
Dans le livre d’Ezéchiel, il est dit aussi que le Seigneur rendra le front du messager aussi dur que celui des personnes vers lesquelles il l’envoie. De cette façon le prophète n’a rien à craindre d’elles.
En quelque sorte, celui qui rend son front dur avec Dieu, n’a rien à craindre et est sauvé. Il ne laisse rien rentrer dans sa tête qui soit contraire à Dieu.
Dans la Bible encore, le sceau sur le front, le signe sur le front, est repris par saint Jean dans son Apocalypse. C’est le dernier livre de la Bible, comme la conclusion de la Bible. Dans cette conclusion, le signe qui est apposé sur le front des justes marque bien tous ceux qui sont sauvés. C’est le sceau de Dieu qui veut réunir tous ceux qu’il aime, pour les aider à traverser les souffrances et les persécutions et à en sortir vainqueurs. Dans l’évangile des béatitudes de saint Matthieu, Jésus ne disait pas autre chose : « heureux non pas celui qui échappe aux pleurs ou à la persécution, mais celui qui les vit. »
C’est le paradoxe de l’Évangile, paradoxe de la révélation de la Bible : c’est sur la croix que se trouve la gloire et que peut se manifester le royaume, le règne de Dieu.
Le signe de la croix, c’est d’abord celui que fait Jésus avec sa vie au Golgotha. Il accepte de se laisser mettre dans cette position de la croix. Il accepte de mourir dans une totale confiance en Dieu son Père, comme Abraham a accepté de sacrifier Isaac en toute confiance, dans la foi que Dieu lui donnera une descendance quoi qu’il fasse. Rester dans la confiance malgré l’adversité du moment, c’est cela rester sous ce signe de la croix.
C’est ce signe qui nous sauve. Nous croyons au positif de ce signe parce que nous avons à l’esprit la résurrection.
La mort sur la croix sans la résurrection de Pâques ne veut plus rien dire. C’est parce que nous croyons que nous ressusciterons avec le Christ, que la croix est pour nous la marque de ce que nous vivons de difficile, à notre tour, mais que nous surmonterons avec le Christ.
Personnellement, posons-nous cette question : que voulons-nous signifier, profondément, en faisant le signe de la croix ?
Dans notre monde aujourd’hui
Si nous sortons un peu du christianisme, une croix est un objet qui rassemble deux éléments contradictoires : le haut et le bas, la droite et la gauche, le vertical et l’horizontal.
Elle symbolise donc l’unité, ou la rencontre harmonieuse de ce qui s’oppose généralement : le ciel et la terre, le masculin et le féminin, l’esprit et la matière, la domination et la soumission, etc. La signification la plus courante est bien sûr celle du vertical et de l’horizontal.
Le vertical évoque ce qui tend vers le haut : le feu, la croissance des êtres vivants, l’action, le dynamisme. À l’opposé, ce qui va vers le bas, c’est la pesanteur, la chute, la faute.
L’horizontal représente davantage ce qui est en surface, ce qui reste calme et passif, ce qui est paisible comme un plan d’eau. La croix est donc dans sa structure elle-même, le rassemblement de tous les constituants de l’univers.
La croix est reprise comme signe depuis toujours par nos sociétés. Elle devient même le logo de tous les organismes qui soignent, qui veulent sauver, comme la Croix-Rouge, comme les pharmacies et bien d’autres encore.
Pour nous chrétiens, elle signifie en premier que nous prenons en compte, dans sa dimension verticale, la présence de Dieu notre Père comme un élément qui nous dépasse, qui nous englobe, qui nous protège, et qui veut rester relié à nous.
- Il est ainsi en face de nous, sur notre face, sur notre front, comme une marque presque impossible à effacer. Quand nous touchons notre front, nous nous approchons de lui, comme pour toucher la main qui nous veut du bien. Nous levons la main comme pour reconnaître notre faiblesse en face de la puissance d’amour de Dieu notre Père.
Dans un second temps, nous portons notre main au bas de notre corps, parfois au niveau de notre cœur, pour toucher Jésus, celui qui est venu parmi nous, pour nous, en nous, dans une proximité que nous ne mesurons pas toujours.
Il est bien là où nous souffrons le plus. Nous sommes souvent pris aux entrailles qui sont nouées dès que nous traversons une difficulté. Jésus vient bien au cœur de nos problèmes.
Enfin nous faisons avec notre main un chemin de notre épaule gauche à notre épaule droite. Nous nous sentons ainsi traversés par l’Esprit Saint, comme irrigués par l’amour de Dieu qui nous traverse. C’est comme une acceptation, du bras gauche au bras droit, de la main gauche à la main droite, une acceptation de laisser agir à travers nous l’Esprit de Dieu. Tout ce qui passe par nos mains, par notre corps, par notre esprit, est ainsi orienté vers Dieu, par son Esprit.
Tout ce que je dis là, Bernadette l’a ressenti immédiatement en faisant le signe de la croix avec la Vierge Marie. Elle reproduira ce signe de la croix toujours de la même façon, toujours avec la même attention au geste qu’elle accomplit.
Tous ceux qui voient Bernadette faire ce signe, sont marqués et à leur tour essayent de le reproduire à l’identique. Mais tous n’ont pas la même sensibilité que Bernadette qui s’est laissée instruire par Marie.
Nous avons nous aussi beaucoup de mal à comprendre d’abord, et à bien nous pénétrer de la signification d’un tel geste. Quel est le plus important dans ce geste ?
Dans ce geste nous reproduisons la croix du Christ et nous lui demandons d’être ainsi en face de nous. Il devient présent à ce que nous faisons.
Une mise en présence
Le signe de la croix devient donc une mise en présence de notre Seigneur.
Chaque fois que nous faisons ce signe, le Seigneur se rend présent à notre prière.
| La Vierge Marie a ainsi rendu présent le Seigneur à toutes les visites qu’elle a faites à Bernadette. Bernadette a saisi cette présence chaque fois qu’elle refaisait ce signe et ne s’est pas trompée sur son sens. Ce signe a toujours été pour elle une mise en présence du Seigneur. |
![]() |
Le signe de la croix de Bernadette se caractérisait par sa lenteur, par son amplitude, et par le grand recueillement avec lequel elle l’effectuait. De fait, la jeune enfant donnait l’impression de s’envelopper dans le signe de la croix comme on s’enveloppe dans un châle, comme on revêt un vêtement.
Elle se présentait donc elle-même, telle qu’elle était, devant Dieu.
Devenue religieuse, Bernadette a été questionnée par l’une de ses sœurs : « que faut-il faire pour être sûr d’aller au ciel ? » Bernadette a aussitôt répondu : « Bien faire le signe de la croix, c’est déjà beaucoup ».
Juste avant de mourir, Bernadette a rassemblé ses dernières forces pour accomplir un ultime signe de la croix. Ce geste nous a été rapporté parce qu’il était très significatif.
Avant de terminer ce premier caté-clip, nous pouvons nous poser quelques questions autour de ce signe de la croix :
Qui a tracé sur moi le premier signe de la croix ?
Qui m’a appris à faire le signe de la croix ?
Quand est-ce que je fais le signe de la croix ? Sur moi ? Sur quelqu’un d’autre ? Sur un objet tel que du pain ?
M’est-il arrivé d’apprendre à un enfant ou à un adulte à faire le signe de la croix ?
Et enfin, pour moi, faire le signe de la croix est-il toujours lié à l’invocation de la Trinité « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » ?
Faire ce signe de la croix est-il aussi lié à une bénédiction, à la prière, à un sacrement, à un moment particulier, à un lieu où à un événement ?
Vous pouvez dès aujourd’hui reprendre toute la signification de ce geste pour vous, en regardant aussi la croix que vous avez amenée de vos maisons et qui va prendre une autre signification à votre retour chez vous.
En résumé, faire le signe de la croix, tel que Bernadette le faisait avec la Sainte Vierge, nous amènera toujours à considérer la présence du Seigneur auprès de nous.
Christian Mégret, Pèlerinage diocésain, Lourdes 2010
Version imprimable
envoyer par mail