Retour sur le pèlerinage en Terre Sainte qui s’est déroulé du 18 au 25 février 2010


Autres témoignages

Rêve qui devient réalité pour des catéchistes de notre secteur.

Nous nous sommes ressourcées sur cette Terre Sainte à travers des pierres qui nous retracent la vie de Jésus mais surtout à travers des personnes comme : sœur Joséphine (clarisse), Monseigneur Marcuzzo (évêque de Nazareth), Mme Jihan Anatsta (directrice du Centre de la Paix à Bethléem), M. David Moatti (de confession juive), Docteur Safar (pédiatre palestinien), frère Olivier (communauté des bénédictins), Amin (guide qui était une véritable encyclopédie vivante).

Toutes ces personnes nous ont parlé de la situation difficile des chrétiens et nous demandent de prier pour eux afin que la Paix revienne sur cette terre.

Ce pèlerinage porté par le groupe uni et solidaire a été pour nous d’une grande richesse spirituelle d’autant plus que le père Emmanuel Goulard nous a aidés dans notre réflexion à travers ses homélies et ses références bibliques sur les différents lieux saints.
Merci à tous les organisateurs qui nous ont permis ce pèlerinage.
Bernadette, Christian, Josy, Lucie, Marielle, Nadia (du secteur Albi-Nord)

Le lac de Tibériade

Nous avons beaucoup aimé le lac de Tibériade . Il est pour nous un point important de notre pèlerinage en Terre Sainte.

Quelle riche idée de célébrer la messe sur ses rives !
La quiétude règne en ces lieux familiers de Jésus et qui paraissent ne pas avoir subi les outrages du temps…

Les cultures fruitières : orangers, citronniers, manguiers, bananiers, néfliers et autres cultures maraîchères témoignent de la même agriculture florissante. Depuis le bateau de bois (reflet de la barque de pêche du temps de Christ), le clapotis des vagues, le lancer du filet évoquent les pêcheurs au travail.
Tous ces paysages nous permettent de donner de la couleur aux Écritures et de nous les faire aimer…
- l’enseignement de Jésus avec les différentes paraboles
- l’appel des premiers disciples
- la multiplication des pains
- la pêche miraculeuse
- …

Le souvenir de Jésus partout présent nous a incités à le louer en partageant chants et danses avec l’équipage du bateau. Une bien belle journée !
Annie et Monique

Seigneur,
nous arrivons des quatre coins de l’horizon,
Nous voilà chez toi !
Seigneur, nous arrivons des quatre coins de l’horizon
Dans ta maison !


Un temps marquant pour les 50 Tarnais qui y ont participé - catéchistes mais aussi animateurs et animatrices dans les aumôneries de l’enseignement catholique ou de l’enseignement public et personnes engagées dans le catéchuménat des adultes - , un moment important pour le renouvellement de leur foi, dans la ligne du projet diocésain "Ecclésia 81".

Aller en Terre Sainte, de préférence en pèlerinage,
était pour moi un vieux rêve

.

L’occasion s’est présentée de le réaliser en octobre 2007, quand Jocelyne nous a parlé des pélés diocésains, à une réunion de catéchistes, je crois. Et j’ai gardé de ce premier séjour le souvenir de moments très émouvants, et aussi l’envie de retourner là-bas.
Et deux ans et demi après, voilà que je me lance à nouveau dans cette aventure. Le contexte est un peu différent, puisque cette fois, le pèlerinage était proposé en priorité aux catéchistes du diocèse. Nous sommes cinq personnes du secteur, sans compter Jocelyne et Christian Mégret, qui organisent tout.
Au retour, il y a tant de choses à dire qu’on ne sait par où commencer. Le mieux est sans doute de suivre l’ordre chronologique, et de faire un « journal du pélé ».

Jeudi 18 février
Il est encore tôt quand le car passe à Castres, venant de Mazamet et Labruguière. Nous allons voir le soleil se lever avant Réalmont. Le trajet passe par Albi, Gaillac, Rabastens. C’est alors que commence vraiment le pèlerinage, par la première consigne donnée et commentée par Christian Mégret : « Rester groupés ». Comme dans une caravane où l’on a peu de chance de se débrouiller tout seul, on ne se sauve pas tout seul. Après cela, nous lisons avec le Père Emmanuel la prière du matin, avec le psaume des montées. Je passe sur le trajet, avec le parcours labyrinthique dans l’aéroport de Bruxelles pour dénicher le restaurant et la chapelle, où nous nous retrouvons à quatre heures pour la messe, avec deux diacres qui assistent le célébrant (ce n’est pas si fréquent, il faut le souligner).

Une jolie chapelle intime, où l’autel est fait d’un morceau d’aile d’avion, où la statue de la Vierge est installée devant une bouche de réacteur, et où un Christ particulièrement torturé est fait de ferraille d’avion. Comme c’est la fête de sainte Bernadette, c’est à elle qu’est dédiée la messe. C’est donc comme si elle bénissait le pèlerinage.

Arrivée à Tel-Aviv et mauvaise surprise : il manque une valise et c’est celle de Jocelyne. Elle n’arrivera que le surlendemain, après une petite escapade à Casablanca !
Un car nous attend, avec notre guide, Emmanuel Amine, qui est un vieux petit monsieur de 77 ans, dont nous allons bientôt mieux connaître la culture et le talent de conteur. Nous sommes à Nazareth vers 3 heures du matin. Et c’est une heure idéale pour traverser la ville. Personne dans les rues, silence dans la nuit tiède.

La basilique de l’Annonciation est doucement illuminée. La lanterne au sommet de la coupole brille comme un phare. Sur le mur clair se détache une file de cyprès, tout minces et élégants. Et à l’entrée, à gauche du portail, un beau palmier se balance mollement. Et là, bonne surprise : nous sommes logés juste en face de l’entrée, dans l’hôtellerie des franciscains, Casa Nova.

Vendredi 18 février
La nuit a été courte, mais à 6 h 30, il fait déjà grand jour : c’est que nous avons fait un grand bond vers l’Est, et le soleil a plus d’une heure d’avance par rapport à Albi… Au petit déjeuner, Christian donne la consigne du jour : « Ne pas s’encombrer de bagages inutiles ». Hier déjà, le Père Emmanuel avait pris l’image de la montgolfière : plus on lâche de lest, plus elle monte haut. À chacun de voir de quel bagage il peut se délester…

Dès 8 h moins 10, nous sommes dans la basilique baignée de soleil. Mais l’intérieur est dans une pénombre favorable au recueillement. Un groupe de Japonais est déjà là, mais il ne s’attarde pas. Et quand la messe commence, nous sommes presque seuls à l’étage inférieur, avec quelques religieuses, face à l’autel et à la « Maison de Marie », ou supposée telle. En tout cas, elle est vénérée depuis le premier siècle comme celle où a eu lieu l’Annonciation. C’est une grotte assez profonde, prolongée par de la maçonnerie, avec au fond à droite un escalier taillé dans le roc qui montait à l’étage supérieur (ou au toit).

La Nazareth de Jésus, situé sur un escarpement rocheux, était un village sans importance, où beaucoup d’habitations étaient à moitié troglodytes. La messe est celle de l’Annonciation : c’est la règle dans les lieux saints, explique le Père Emmanuel ; on dit la messe du lieu, plutôt que celle du jour. Et nous sommes au lieu où le Verbe s’est fait chair. Amine va beaucoup insister sur ce point : c’est "ici" que tout a commencé, le début da la grande aventure de la Rédemption…

Après la messe, nous montons à la basilique supérieure, aussi lumineuse que l’autre est sombre. Nous faisons une station dans la synagogue de Nazareth, sobre et nue, reconstruite sur l’emplacement de celle où Jésus a été plutôt mal accueilli au début de sa vie publique, comme le raconte l’Évangile. Puis, nous gagnons l’église Saint-Joseph, sous laquelle les fouilles ont dégagé encore une habitation ancienne, assez vaste, avec plusieurs pièces : peut-être l’atelier de Joseph ? Dans un angle, les restes d’un probable baptistère judéo-chrétien.

À la sortie, nous suivons la rue des Charpentiers : la plupart des échoppes sont fermées, car c’est vendredi, le jour consacré à Dieu pour les musulmans, qui sont en majorité dans la ville haute. D’ailleurs les appels du muezzin ponctuent la journée, et en fin de matinée, nous croiserons un groupe d’hommes assis sur une place, en train d’écouter un prêche apparemment virulent, transmis par haut-parleur.

Nous arrivons à l’église Saint Gabriel, qui abrite la fontaine de la Vierge, et qui est tenue par des orthodoxes. Dans la cour ensoleillée, Amine se livre à des acrobaties oratoires pour concilier la tradition orthodoxe, selon laquelle l’Ange aurait rencontré Marie à la fontaine où elle allait puiser l’eau, et la catholique, où Gabriel entre dans la maison, comme le raconte Luc dans l’Évangile… On a un premier aperçu des talents de conteur d’Amine.

Nous montons ensuite au couvent des Clarisses, où nous attend sœur Joséphine. C’est une religieuse de 96 ans, à la voix frêle et au rayonnement impressionnant. Elle a connu l’abbesse qui avait accueilli Charles de Foucauld (de 1897 à 1900), et raconte la Nazareth des années 1930 à 40, qui était encore un gros village. Elle a une vénération pour le Père de Foucauld, parle de sa conversion, de son arrivée chez les Clarisses de Nazareth, de sa vie ascétique, de sa béatification (elle était à Rome pour l’occasion). Ce qui est merveilleux, c’est sa facilité à s’amuser de tout : « Je m’amuse ! » dit-elle sans cesse. Tout l’amuse, elle est joyeuse, plaisante de tout comme une gamine. Elle nous invite tous à danser avec elle au Paradis. Chiche ! « Savez-vous danser, mon Père ? » demande-t-elle au Père Emmanuel, qui répond : « Je vais apprendre ! ». Il faudrait beaucoup de chrétiens joyeux comme elle. Nous mangeons à midi chez les « Dames de Nazareth », qui nous ont même préparé un apéritif anisé sur leur terrasse fleurie de bougainvillées.

Au début de l’après-midi, nous partons vers le mont Thabor. Traversée de la plaine de Yisréel : les plantations de fruitiers alternent avec des champs de coton, tout est verdoyant et les amandiers (les "veilleurs" en hébreu) sont en fleurs. À droite se dressent des collines à pic, aux parois creusées de grottes. En haut du mont, on franchit une porte gothique, fortifiée, datant de saint Louis, et une longue allée bordée d’oliviers et de ruines d’édifices anciens mène à la massive basilique de la Transfiguration. Le lieu est paisible, on a, sur la plaine qu’on domine, une vue magnifique. Et entre les vieux murs, on peut se rassembler pour entendre le récit évangélique de la Transfiguration, avant de visiter l’église, où le chœur est orné d’une belle mosaïque où l’on voit Jésus en gloire (entre Moïse et Élie, avec Pierre, Jacques et Jean à leurs pieds) et où deux chapelles sont dédiées à Moïse et à Élie. Le vœu de Pierre, qui proposait de dresser ici trois tentes, est donc réalisé.

Nous repartons ensuite pour Cana. En chemin, on aperçoit à flanc de coteau le village de Naïm, où Jésus ressuscita le fils unique d’une veuve. Mais quand nous arrivons à l’église de Cana, il y a une noce ( !) sur le parvis, et nous choisissons de réciter la prière du soir dans la chapelle à gauche, avec lecture du premier « signe » opéré par Jésus en Galilée, à la demande de sa Mère, comme le raconte saint Jean. Et quand nous sortons, il n’est plus possible d’entrer dans l’église car on y célèbre un office de Carême.

La nuit tombe comme nous rentrons à Nazareth, chez les « Dames » franciscaines, où est prévue une visite des fouilles. On a découvert dans les cryptes du couvent une ancienne citerne, ainsi qu’un beau tombeau juif du Ier siècle, avec au moins trois « oculi » au fond d’un vestibule que fermait une grande pierre ronde. C’est peut-être le « tombeau du Juste », c’est-à-dire de Joseph, que la tradition plaçait à peu près à cet endroit-là… Amine fait remarquer un peu plus tard que Joseph était mort avant que Jésus commence sa vie publique, puisque lors du miracle de Cana, Jean ne mentionne pas son nom parmi les invités, alors qu’il précise : « La mère de Jésus était là… Jésus avait été invité avec ses disciples. »

Samedi 20 février
Consigne du jour : « Emporter des provisions », car on ne s’aventure pas dans le désert les mains vides. Et les provisions spirituelles ne sont pas à négliger.

Nous démarrons à 7 h 30, et prenons la route du lac de Tibériade, en traversant la riche plaine de Zabulon, verte et fleurie. On aperçoit au passage, dans le lointain, les Cornes de Hattin, où Saladin a écrasé l’armée des croisés de Gui de Lusignan, en 1187. Premier arrêt au bord du lac, à l’église de la Primauté de Pierre. C’est là que Jésus ressuscité a par trois fois demandé à Pierre : « M’aimes-tu ? » (effaçant ainsi les trois reniements de l’Apôtre), et lui a donné pour mission : « Sois le berger de mes brebis. »
Dans le chœur de l’église, construite en basalte, on voit le rocher sur lequel Jésus a fait griller des poissons pour ses apôtres partis pêcher sur le lac, comme le raconte saint Jean. Le lac est beau, ample, limpide et le paysage apaisant. La rive est couverte de gravier basaltique, et nous ramassons des cailloux que nous déposerons tout à l’heure en offrande symbolique sur l’autel.

Tabgha est à côté, et nous y allons à pied. En passant, Amine nous montre, à gauche de la route, une butte où se trouvent des murs en ruines. C’est là, dit-il, le lieu véritable du Sermon sur la montagne, où ont été prononcées les Béatitudes. Il est vrai que même si cette colline n’est pas très élevée, elle domine nettement la rive du lac et on peut la qualifier de montagne. À Tabgha, il y a un monastère dont l’église est la reconstitution d’une basilique du Ve siècle bâtie sur le lieu de la multiplication des pains. On entre d’abord dans un cloître où une vasque est alimentée par l’eau sortant de la bouche de sept petits dauphins en bronze : cela rappelle les sept sources qui ont donné à ce lieu son nom grec (Heptapégon). Le sol de l’église a conservé un ensemble de mosaïques byzantines qui représentent des fleurs, des oiseaux, un jardin qui est peut-être le paradis terrestre. Et devant l’autel se trouve une mosaïque souvent reproduite, celle du panier de pains entre deux poissons. Quatre pains seulement dans le panier : le cinquième, le pain de vie, est Celui qui a nourri les foules.

Au-delà de l’église, le terrain descend en pente douce jusqu’au lac. Par une allée au milieu d’oliviers, de palmiers, de pots de géraniums et d’autres fleurs, on accède sur la rive à une clairière aménagée en chapelle.

C’est là que le Père Emmanuel célèbre la messe, en plein air, sous les arbres, dans un cadre hors du temps. À l’offertoire, chacun dépose un caillou sur l’autel, et à la fin de la messe, en reprend un, pas forcément le même, pour se rappeler la gratuité du don et du partage.

Après la messe, nous allons au mont des Béatitudes, beaucoup plus haut que la colline indiquée par Amine, et d’où la vue sur le lac est magnifique, même quand l’horizon est voilé de brume, comme aujourd’hui. On y a bâti une jolie petite basilique octogonale, où le basalte noir est souligné par des arcades de pierre blanche. À l’intérieur, le texte des huit Béatitudes orne les murs. Tout autour, un beau jardin paisible, plein d’arbres en fleurs.

De là à Capharnaüm, tout au nord du lac, la distance n’est pas grande. C’est la ville où résidaient Simon-Pierre et son frère André. Jésus y a fait des séjours fréquents lorsqu’il parcourait la Galilée, et il a annoncé sa destruction. Il n’en reste que des ruines, mais qui permettent d’imaginer ce qu’elle a pu être lorsqu’elle était habitée et active. On y voit des pressoirs à olives, des meules de moulins. Pendant que nous sommes installés sur des restes de murs, Amine nous raconte à sa façon la vocation de Lévi-Matthieu, qui était collecteur d’impôts : il s’inspire sans doute un peu de l’histoire de Zachée, le collecteur de Jéricho, mais la mauvaise réputation de ces « collabos » sous l’occupation romaine devait souvent être méritée. Et c’est vrai que les deux histoires ont des points communs : Lévi, dès que Jésus l’appelle, se lève pour le suivre, et lui offre ensuite un grand festin dans sa maison (comme Zachée). Il invite des collecteurs d’impôts et des publicains, ce qui choque les pharisiens, et c’est pour Jésus l’occasion de préciser qu’il est venu sauver non les justes, mais les pécheurs. Alors Lévi lui-même devait bien avoir quelques péchés à se faire pardonner (comme Zachée). Autre récit pittoresque d’Amine : la guérison de la belle-mère de Pierre.

Le plus grand édifice est la synagogue de pierre blanche, rebâtie au Ve siècle sur les fondations en basalte de celle où a prêché Jésus, et en partie restaurée. Les fouilles ont aussi dégagé plusieurs maisons modestes, très serrées les unes contre les autres. L’une d’elles, assez grande, a un escalier extérieur qui permettait d’accéder au toit, fait probablement de branchages couverts de crépi léger. On l’appelle la maison du paralytique, car l’escalier pouvait permettre aux porteurs de monter le grabat du pauvre homme et de le faire descendre devant Jésus par le toit. On vénère depuis des siècles la maison de Pierre, toute proche. Au-dessus d’elle et des restes d’églises plus anciennes qui l’entourent, on a construit au siècle dernier une basilique octogonale « suspendue » qui est un miracle d’équilibre. Il faut croire que les lieux saints inspirent les architectes.

L’avenue qui mène à la sortie est bordée d’une frise provenant de la synagogue, sculptée de motifs divers (ménorah, étoile de David, sceau de Salomon, fruits, l’arche d’alliance sur son chariot…).
Au restaurant où nous mangeons à midi, près de Magdala, on nous sert des poissons du lac, des « saint-pierres », une vraie pêche miraculeuse…
La pêche miraculeuse et la tempête apaisée, justement, on en parle lors de la promenade en bateau sur le lac. Plusieurs riverains ont eu l’idée de faire construire des bateaux en bois, à peu près semblables à ceux de l’époque du Christ.

Ils portent des noms bibliques : le nôtre s’appelle Noah (Noé). Le patron a même prévu un filet (en nylon, il faut quand même vivre avec son temps !…) : il va à la proue et le lance devant nous, deux fois, sans ramener de poisson, bien que les eaux du lac aient toujours la réputation d’être très poissonneuses. Moment joyeux : la majorité des catéchistes connaissent chants et danses que l’équipage accompagne. Le lac est très calme aujourd’hui, mais il y a fréquemment de violentes tempêtes au milieu de l’après-midi, à cause de sa situation encaissée.

De retour au car, nous prenons le chemin de Yardénit, au sud du lac, près du lieu où le Jourdain sort du lac avant de longer la Samarie et la Judée et de se jeter dans la Mer Morte. D’après la tradition, Jean Baptiste aurait baptisé là. Les évangiles situent plutôt le baptême de Jésus en Judée, encore que ce ne soit pas très précis. Amine est formel : Jean baptisait plus au sud, du côté de Jéricho, puisque les Juifs sont venus de Jérusalem lui demander s’il était le Messie ; ils n’auraient pas parcouru plus de 100 km pour lui poser la question ! Quoi qu’il en soit, les Mormons ont obtenu le droit d’y faire leurs baptêmes par immersion et ont bien aménagé le site, sans en détruire l’harmonie. Il y en a d’ailleurs plusieurs groupes qui se font baptiser. Le Jourdain coule lentement entre des rives boisées et fleuries. On peut prendre de l’eau : « Filtrez-la au moins deux fois et faites-la bouillir ! » recommande Amine, méfiant à l’égard de tous ces fidèles en robe blanche qui se trempent dans l’eau…

Retour à Nazareth, où Mgr Marcuzzo, évêque de rite latin , nous attend au vicariat. Il nous reçoit avec une gentillesse pleine de bonhomie, s’informe de notre parcours, se dit enchanté de rencontrer un groupe de catéchistes, et nous explique avec des chiffres précis la situation des chrétiens en Terre Sainte. Bien que préoccupé par leur avenir, le chômage et les difficultés des jeunes, bien que recommandant ces chrétiens à nos prières, il semble plutôt moins pessimiste que nos interlocuteurs de 2007. Il a même prévu des cadeaux pour nous : une image de sœur Myriam Baouardy, sainte palestinienne, fondatrice de carmels, un chant à Marie en 5 langues, et des amandes, « un des sept fruits bibliques », dit-il. Pour l’instant, je n’en ai trouvé que cinq autres : l’olive, la datte, la figue, la grenade, le raisin et…

Dimanche 21 février
Et voilà, nous allons quitter Nazareth et bientôt la Galilée, ses collines vertes et ses plaines fertiles, pour aller vers Haïfa, sur la côte. Consigne du jour : « Se méfier des mirages… ».

La traversée d’Haïfa prend un certain temps : c’est une grande ville, avec de hauts immeubles modernes, surmontés d’une quantité de grands pots blancs cylindriques. Amine nous dira plus tard que ce sont des chauffe-eau solaires, utiles mais pas très décoratifs. Il y a aussi des immeubles futuristes : l’un d’eux, gris acier, s’élance vers le ciel comme une fusée. Après le port, très grand, très actif, nous entamons l’ascension du Mont Carmel, où l’on nous a réservé pour la messe l’église Stella Maris, chez les Pères Carmes. C’est sur le Mont Carmel que le prophète Élie ridiculisa les prêtres de Baal, auxquels le roi Achab, influencé par sa femme Jézabel, rendait un culte. Cela lui valut la haine de Jézabel et il dut fuir dans le désert.

L’église dédiée à Marie « étoile de la mer » n’est pas très grande et elle est très claire. Nous célébrons la messe du 1er dimanche de Carême, et le Père Emmanuel et les deux diacres, Christian et Michel, portent des ornements violets. Je remarque que les petites lampes de verre que le sacristain a allumées sont alimentées d’huile colorée en violet. Quel scrupule liturgique ! Après la messe, nous pouvons entrer dans la grande église de Notre-Dame du Mont Carmel, dont l’image surmonte le maître-autel. C’est là qu’a été fondé l’ordre des Carmes, à l’époque des Croisades. Sous le chœur, une crypte abrite la grotte d’Élie, où brûle une forêt de cierges, à côté d’un autel surmonté d’une statue d’Élie en bas-relief.

Devant l’église, un monument rappelle la triste histoire des blessés que Bonaparte avait laissés aux soins des Carmes, en partant pour Saint-Jean d’Acre. Après son échec devant cette ville, en 1799, ils furent tous massacrés. De l’autre côté de la route, un belvédère domine la baie d’Haïfa. Mais aujourd’hui, la brume nous empêche d’apercevoir Saint-Jean d’Acre, du côté nord de la baie.

Nous repartons vers Césarée maritime. Ville construite par Hérode le Grand, qui était un roi assez mégalomane, grand admirateur des Romains. Un Iduméen, rappelle Amine, pas un Juif : il lui fallait éblouir les Juifs pour se faire accepter. Les ruines de la ville d’Hérode et de ce qu’en firent les Croisés sont imposantes. Il reste une bonne partie de l’aqueduc, en pierres dorées, qui longe la mer sur une plage de sable fin truffé de coquillages.

Les gradins du théâtre ont été très bien restaurés : c’est là que nous lisons le passage des Actes des Apôtres où Pierre, appelé auprès du centurion Corneille, comprend que la Bonne Nouvelle ne s’adresse pas seulement aux Juifs, mais à tout homme de bonne volonté… L’hippodrome, dont les gradins font face à la mer, a encore fière allure. Des thermes, on ne voit pas grand-chose de vraiment intéressant. En revanche, les bains privés du palais d’Hérode ont encore leur vasque de marbre.

Il y a aussi les restes de l’importante bibliothèque qu’avait fondée Origène. Saint Jérôme l’a fréquentée parce qu’elle possédait le texte grec de la Bible, celui des Septante : à Jérusalem, Jérôme ne disposait que du texte hébreu, pour sa traduction latine de la Vulgate. On distingue clairement le « cardo maximus », orienté nord-sud, qui traverse la ville, et le « decumanus » qui le coupe perpendiculairement. Ce sont des rues qu’ont parcourues Pierre, en homme libre, et Paul, lorsqu’il a été arrêté à la demande des Juifs de Jérusalem. Le rempart des croisés, à la base, est impressionnant. On voit aussi les entrepôts du port d’Hérode, maintenant ensablé, et une partie de l’immense jetée de basalte qui protégeait ce port. Au-dessus de ce qui a été la prison de saint Paul, il reste les fondations du chœur d’une église byzantine, et d’importants pans de mur du chœur de l’église à 3 nefs que les croisés ont bâtie par dessus. Lesquels ont utilisé sans vergogne colonnes, chapiteaux, bases de colonnes pour leurs édifices. Nous quittons les ruines par une belle porte à chicane, à voûtes ogivales, bien conservée.

À midi, nous mangeons au kibboutz Kef Yam, et Amine nous explique que bon nombre de kibboutz ne se contentent plus d’une activité agricole de subsistance, mais augmentent leurs revenus en ouvrant des restaurants comme celui-ci.

L’aprés-midi, nous suivons la côte jusqu’à Tel-Aviv, où nous prenons la route de Bethléem. La plaine côtière est étroite, mais soigneusement cultivée : arbres fruitiers et cultures maraîchères. Amine profite du trajet pour raconter l’histoire des kibboutz, leurs problèmes au départ, puis leur réussite, et leurs difficultés actuelles.

Nous faisons étape à Kiriat Yéarim, où les sœurs de Saint Joseph de Gaillac sont enchantées de nous accueillir dans le couvent de Notre-Dame de l’Arche d’Alliance. C’est là, en effet, que l’arche rendue par les Philistins a séjourné quelques années, sous la garde et dans la maison d’Abinadab. Et David, une fois installé à Jérusalem, la ramena dans sa capitale en dansant devant elle, vêtu seulement d‘un pagne de lin, ce qui provoqua la rage de son épouse Mikal, fille de Saül… (C’est Amine qui nous rappelle tout ça). L’église de Notre-Dame a un beau plafond à caissons, peint d’anges en plein vol.

Enfin, nous arrivons à Bethléem, après avoir franchi le check point et le mur, sinistre. Arrêt dans une boutique de souvenirs tenue par des artisans chrétiens : j’imagine que les guides, chrétiens eux-mêmes, se font un devoir d’amener les pèlerins dans ces boutiques. Et les Palestiniens chrétiens rencontrent tant de difficultés qu’on pourrait difficilement le leur reprocher. Après les achats de souvenirs, installation chez les sœurs de Saint-Vincent de Paul.

Le soir, rencontre avec sœur Maria, assistante de sœur Sophie, retenue auprès d’une petite fille très malade. Elles sont trois religieuses, aidées de personnel, à s’occuper de la crèche attenante à la maternité de Bethléem, et sœur Maria nous explique en quoi consiste leur tâche. Les enfants recueillis sont souvent abandonnés par de jeunes mères qui les ont eus hors mariage, et qui auraient été tuées si leur famille avait connu leur état. Ceux-là, de fait, n’ont pas d’état-civil, et comme l’adoption n’est pas possible sous l’autorité musulmane, il faut leur trouver des tuteurs, pas toujours fiables. Dans d’autres cas, les sœurs recueillent des enfants souffrant de traumatismes de toute sorte : problèmes familiaux ou sociaux, mauvais traitements, et toujours la guerre. Sœur Myriam cite des cas précis, tous désolants. Il faut aider la crèche de Bethléem et les sœurs qui s’en occupent.

Lundi 22 février
Consigne du jour : « Garder le sourire ! » C’est une consigne que tous les pèlerins du groupe me semblent suivre allègrement depuis la première heure…

Départ pour le Champ des bergers, sur une colline un peu à l’écart de la ville. D’en haut, on a une belle vue sur Bethléem et sur les hauteurs d’en face, où les Juifs ont fondé des colonies. Sur une colline qui a la forme d’un cratère de volcan, Hérode le Grand avait fait construire un palais-forteresse. Dans le Champ des bergers, on a aménagé plusieurs chapelles (en plus de l’église elle-même). Il y en a une installée en plein air. Pour nous, on a aujourd’hui réservé une grotte, comme il y en a un peu partout dans ces collines calcaires. Celle-ci est assez vaste pour nous contenir tous à l’aise, plus l’emplacement de l’autel et une petite sacristie. Dans les murs, des anfractuosités sont garnies de quelques ustensiles anciens, pots, cruches, marmites. La plus proche de l’autel est arrangée en crèche, avec de jolis santons (en bois d’olivier ?) d’une vingtaine de centimètres. Au fond de la grotte principale s’ouvre une pièce plus petite où on a disposé un petit foyer, une mangeoire avec de la paille, deux ou trois cruches, et c’est tout. De quoi faire imaginer ce que pouvait être l’étable où Marie et Joseph ont trouvé un refuge chaud et tranquille, où Marie a pu accoucher loin de l’agitation de la salle commune.

Plutôt que la messe de la Nativité, le père Emmanuel préfère dire la messe du jour, celle de la Chaire de saint Pierre. Et c’est très bien, puisque toutes les lectures font allusion au rôle du berger, de même que le psaume 22 (Le Seigneur est mon berger…). Comme les précédentes, c’est une messe où l’on prie avec ferveur. À noter, les intentions de prière que chacun dépose dans la tirelire de Jocelyne, le soir ou au petit déjeuner, et qui sont lues par les diacres au moment de la Prière universelle.

Après la messe, Amine nous fait une conférence sur Bethléem. Lui-même est originaire de Beth-Jallal ( ?), inclus maintenant dans la ville moderne, si j’ai bien compris. Il explique en particulier pourquoi on peut être certain qu’il existait un important caravansérail à Bethléem à l’époque où Jésus est né : le terrain avait été offert par David à la famille de l’étranger qui l’avait secouru quand il fuyait devant son fils Absalon révolté. Et puis, nous nous rendons en ville, à la basilique de la Nativité. Sur la place, Amine nomme les divers édifice : la forteresse des croisés, puis le couvent que fonda sainte Paule, venue en Terre Sainte accompagnée de sa fille Eustochium, à la suite de saint Jérôme. Enfin, la basilique, dont la porte d’origine a été murée et creusée d’une toute petite porte basse, et qui conserve beaucoup d’éléments de l’époque byzantine. Comme il n’y a pas foule, nous pouvons admirer à loisir les nefs majestueuses aux hautes colonnes de porphyre, les lustres somptueux, les restes de mosaïque anciennes, avant de nous insérer dans la queue, à droite, pour descendre dans la grotte de la Nativité.

À côté de l’escalier, au-dessus de la petite porte, sur une frise de bois sculpté et peint, une représentation de Marie et Jésus dans une fleur sortant d’un personnage couché, sans doute Jessé, le père de David. Cela fait un effet étrange d’entrer dans cette grotte dont on ne voit pas les parois, tendues de brocart rouge et or. Le lieu de la naissance du Sauveur est marqué d’une étoile d’argent ; la crèche où il fut déposé, dans un renfoncement, est recouverte de marbre, sous des tentures en brocart d’or. On est loin de la pauvreté choisie par Dieu. La grotte est assez grande pour que, groupés au fond, nous puissions prier en paix et même chanter Il est né le divin Enfant… , sans trop gêner les autres pèlerins qui défilent.

Avant de quitter la basilique, nous passons dans le gracieux cloître de sainte Catherine, où se trouve la cellule souterraine où a travaillé saint Jérôme, dont la statue orne le jardin du cloître. Mais elle est fermée aujourd’hui, et nous ne pouvons pas entrer dans l’église, où il y a une messe. Donc, nous sortons et nous dirigeons vers l’église où nous attend le Père Yacoub, évêque de rite melkite. C’est une église lumineuse, avec une iconostase en bois clair, et des icônes très colorées sur ses murs blancs : entre autres, une belle icône de la Pentecôte. Le Père Yacoub nous parle de sa communauté (pas très nombreuse) et de son itinéraire personnel, et nous passons dans une salle attenante où son épouse, aidée de quelques jeunes filles, a préparé pour nous le repas de midi, avec un soin touchant.

Nous partons ensuite pour le Centre de la Paix, tout près du parvis de la basilique, pour y rencontrer Mme Jihan Anasta, la directrice, qui nous présente « la lutte des artisans de paix pour la paix et pour éviter les extrémismes ». Elle décrit la situation actuelle à Bethléem (qui a perdu 1/3 de son territoire à cause de la guerre et de la construction du mur), énumère les multiples problèmes de la société palestinienne de Bethléem, évoque la tentation de la violence pour les jeunes qui n’ont pas la possibilité d’émigrer, les difficultés des femmes, les actions menées par le Centre. Bien que la tentation du découragement se fasse sentir parfois, elle veut espérer que le bon sens et la paix finiront par l’emporter.

Et il faut quitter Bethléem. Nous nous arrêtons à Ein Karen (ou Aïn Karim), le village de la Visitation. C’est là que, d’après la tradition, serait né Jean Baptiste. Il faut grimper pas mal pour arriver au parvis de la basilique. À l’entrée, une jolie statue moderne de la rencontre des deux cousines, Marie et Élisabeth. Autour du parvis, des mosaïques chantent le Magnificat dans toutes les langues (y compris l’occitan). Dans la grotte qui sert de crypte, on a fait un double chœur : à gauche, l’autel ; à droite, le puits qui aurait servi à Élisabeth, quand elle a dû cacher Jean Baptiste lors du massacre des Innocents.

La basilique proprement dite, où l’on accède au milieu des fleurs, est très claire et ornée de grands panneaux, mais inaccessible pour l’instant car un groupe nombreux y célèbre la messe. Nous redescendons au village, à l’église bâtie, selon la tradition, sur la maison de Zacharie et Élisabeth, où serait né Jean-Baptiste. Surprise : les piliers et les murs de la nef sont couverts d’azulejos blancs et bleus ; ce sont les Espagnols qui l’ont décorée, un décor plein de fraîcheur. Encore une grotte, ici, et une étoile de marbre pour marquer le lieu de naissance du Précurseur. Le sol de l’église est couvert de mosaïques aux motifs symboliques. Au Centre, un cercle renferme 3 cercles égaux qui se coupent, symbole de la Trinité, du Dieu 3 fois saint.

Cette fois, nous voilà partis pour Jérusalem : « Enfin nos pas s’arrêtent devant tes portes, Jérusalem ! ». Nous nous installons chez les sœurs du Rosaire, dans un ancien hôpital immense, où il est facile de se perdre dans les couloirs.
Le soir, rencontre avec David Moatti, Israélien, Français d’origine, de confession israélite, et de famille cosmopolite, venu vivre en Israël à l’âge de 18 ans, il y a 25 ans. Il insiste sur le caractère laïc et démocratique de l’état d’Israël, mais aussi sur l’importance pour lui des références à la Bible et à l’histoire du peuple juif, même s’il se déclare peu pratiquant. Il rappelle les résolutions de l’ONU qui ont permis la naissance de l’état d’Israël en 1948, et les occasions boudées ou ratées par les Palestiniens, plus ou moins soutenus (selon le moment) par les États arabes. Comme on lui demande quelle solution envisage l’État pour accueillir tous les nouveaux immigrants, en raison de la « Loi du Retour », il invoque la colonisation du Néguev. Il souligne les efforts de la Cour Suprême (où il travaille comme guide) pour être aussi équitable que possible dans les conflits qui opposent les Palestiniens à l’état Israélien, en particulier à propos du mur qui, incontestablement, a amélioré la sécurité du côté israélien. Et il a du mal à admettre que des injustices ont été commises. En homme de bonne volonté, il déplore l’échec du processus de paix (surtout en 2000). Il reconnaît qu’il y a avantage à être Juif en Israël : « Ici, dit-il, les Juifs peuvent reprendre en main leur destin ».

Mardi 23 février
Consigne du jour : « Se guider sur les étoiles », de façon à repérer l’Orient où se lève le soleil de Dieu…

Départ pour le Mur des Lamentations, dont la base faisait partie du temple bâti par Hérode le Grand, le temple qu’a connu Jésus. Contrôles sévères pour y accéder, et règles strictes : pas de croix visible, pas de livre, etc . Un panneau à l’entrée précise que le grand rabbin de Jérusalem garantit qu’assister à un spectacle devant le Mur ne contrevient pas aux lois du shabbat. Hommes et femmes prient séparément, et il me semble que l’espace réservé aux femmes a été réduit depuis 2007. Mais c’est peut-être une illusion.

Ensuite, nous empruntons la passerelle qui mène à l’esplanade des mosquées, qui occupe l’emplacement du temple d’Hérode, lequel pour sa part était construit au même endroit que celui de Salomon. Un lieu chargé de souvenirs. L’imam de Jérusalem a édicté à peu près les mêmes règles que le grand rabbin, mais en plus, on est prié de ne pas introduire ici de boisson alcoolisée. Bon. L’esplanade est immense, baignée de soleil, plantée d’oliviers et d’orangers et donne une belle idée de ce que devait être le parvis des Gentils.

La mosquée El Aqsa se dresse là où devait se situer le portique royal, au sud. Quelques arches élancées datant du temple dédié à Jupiter édifié par Hadrien ont été relevées ça et là sur le pourtour. Au centre, sans doute à l’endroit du Saint des Saints, s’élève le Dôme du Rocher, avec sa coupole dorée qu’on voit sur toutes les cartes postales, et ses merveilleuses mosaïques bleues. Le rocher qu’il abrite est le sommet du Mont Moriah, le lieu du sacrifice d’Isaac par son père Abraham, vénéré par les trois monothéismes. De l’esplanade, on voit à l’est la vallée du Cédron, celle de la Géhenne où l’on jetait les immondices et où se réfugiaient les lépreux, et en face, sur l’autre rive, le Mont des Oliviers ; plus loin, et plus haut, le mont Scopus.

À la sortie, Amine nous fait remarquer que la cité de David s’étageait dans la vallée de Cédron, au sud-est des remparts actuels, et au sud de la colline du temple. Elle couvrait les pentes du mont Sion, où nous allons ensuite. C’est là que se trouve l’église de la Dormition : une tradition affirme que la mère de Jésus n’aurait pas quitté Jérusalem, et y serait morte ; une autre dit qu’elle aurait suivi Jean à Éphèse et serait morte là-bas. Dans les deux cas, la tradition déclare Marie montée au ciel corps et âme, comme son Fils. C’est pourquoi on parle de « dormition » et non de mort de la Sainte Vierge. Dans la crypte, un pavillon hexagonal abrite un beau gisant (vêtements de porphyre, visage et mains en marbre blanc ?) ; à la voûte, les portraits en médaillons de 6 héroïnes bibliques ; j’ai reconnu Ève, Judith, Esther, Ruth. Les deux autres sont peut-être Déborah et Yaël… À vérifier.

De là, nous allons au Cénacle, tout proche. Encore un lieu vénérable, où a eu lieu le dernier repas de Jésus, avec le lavement des pieds et l’institution de l’Eucharistie. Et plus tard, la Pentecôte. Nous entrons dans une sorte de cloître, où Amine nous montre, dans le mur, la marque d’une arche qui devait appartenir au cénacle authentique, qui était alors une salle haute, comme le dit l’Évangile. Des portes ont été ouvertes de part et d’autre, elles donnent accès à une crypte où l’on vénère le tombeau de David ( ?), dont on avait longtemps pensé que c’était celui de saint Étienne, lapidé hors des remparts. _ À l’étage, une grande salle ogivale datant des croisés conserve des chapiteaux sculptés ; sur l’un d’eux, à l’entrée, un pélican se laisse dévorer par ses enfants, c’est une représentation de Christ qui se donne en nourriture. Cette salle a brièvement servi de mosquée (il reste le mihrab), mais elle ne sert plus au culte.

Nous nous rendons ensuite à l’église de Saint-Pierre en Gallicante, tenue par les assomptionnistes. Elle a été construite à l’emplacement de la cour du grand-prêtre où Pierre a renié le Christ par 3 fois, avant que le coq ne chante deux fois. Nous relisons ce passage de l’Évangile dans l’église, devant un grand panneau de mosaïque représentent Jésus devant le Sanhédrin. Puis, nous descendons dans la crypte où les fouilles ont mis au jour une prison souterraine : anneaux creusés dans la roche du mur, où l’on enchaînait les prisonniers ; arche surmontée d’un de ces anneaux, au-dessus d’une trace de colonne (lieu probablement destiné à la flagellation) ; cellule profonde dont l’unique accès était un puits, réservée sans doute aux condamnés à mort. On peut supposer que c’était une prison située sous la maison de Caïphe, et que Jésus a pu être enfermé là pendant la nuit du jeudi saint, avant d’être conduit au prétoire devant Pilate au matin. Pour sortir, on longe un escalier antique qui monte depuis la fontaine de Guihôn jusqu’aux abords du rempart. C’est une voie à degrés qui est antérieure au Ier siècle, et qui a été à coup sûr empruntée par Jésus.

Au début de l’après-midi, le car nous emmène au mont des Oliviers. C’est de là qu’on a la plus belle vue sur Jérusalem. Nous entrons dans la chapelle de l’Ascension, où un rocher est censé garder l’empreinte du pied de Notre-Seigneur. Bon, ce n’est pas un dogme. Mais, remarque Amine, qui sait si quelques croyants dévots n’ont pas creusé un peu le rocher pour en marquer la surface et rappeler ainsi l’événement…

Nous passons ensuite au carmel du Pater. Dans le cloître, sur les murs, le Pater s’inscrit en différentes langues sur des mosaïques. À gauche s’ouvre une grotte spacieuse : c’est là, croit-on, que les disciples auraient demandé à Jésus de leur apprendre à prier. Nous descendons ensuite une ruelle étroite qui longe, à gauche, les murs d’immenses cimetières juifs désolés, où les tombes sont couvertes de cailloux. Amine nous expliquera que les Juifs, lorsqu’ils visitent leurs morts, déposent un caillou sur la tombe, et cela sera ainsi jusqu’à la reconstruction du Temple (avec tous ces cailloux ?).

C’est à l’église de Dominus flevit (Le Seigneur a pleuré) que nous allons célébrer la messe. C’est là, en contemplant Jérusalem de l’autre côté de la vallée, que Jésus a pleuré en prédisant la destruction de la ville, dont il aurait voulu rassembler les enfants « comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes ». L’inscription orne le devant de l’autel. La messe est celle du jour, dédiée à saint Polycarpe, disciple de saint Jean, et l’Évangile est précisément celui où Matthieu raconte comment Jésus enseigne à prier à ses disciples en disant : « Notre Père qui es aux cieux… ».

Après la messe, nous reprenons la descente jusqu’au Jardin des Oliviers, au fond de la vallée. Les oliviers sont protégés par une clôture : ils sont en effet millénaires ; certains, peut-être deux fois millénaires, auraient vu passer le Christ ( ?). L’église de Gethsémani conserve dans le chœur le rocher sur lequel Jésus serait venu prier durant son agonie, après le repas pascal du Cénacle. Sa nef est sombre car les vitraux sont en albâtre ; elle est couverte de neuf coupoles offertes par plusieurs nations, dont la France : on l’appelle aussi l’église des nations.

De l’autre côté de l’avenue se trouve la grotte de Gethsémani (le nom signifie : pressoir à olives). C’est encore un de ces grands trous dans la roche, formant une salle où l’on peut tenir nombreux. D’après Amine (il s’appuie sur l’Évangile…), le domaine de Gethsémani appartenait à Marc. Jésus connaissait la famille de Marc et il se plaisait à venir prier dans son jardin. Il pouvait s’abriter dans la grotte avec ses disciples lorsqu’il faisait froid. Et la nuit du jeudi saint, il faisait froid, puisque les gardes du temple avaient allumé un feu pour se chauffer dans la cour de Caïphe. Donc, jésus avait laissé ses disciples à l’abri avant d’emmener Pierre, Jacques et Jean un peu plus loin, puis d’aller lui-même encore un peu plus loin pour prier et vivre son agonie. Au moment de son arrestation, le bruit réveilla les gens du domaine, et le jeune Marc, qui dormait, sortit enveloppé de son drap pour voir ce qui se passait. Il suivit Jésus un moment, et lorsque les soldats voulurent l’attraper, il s’enfuit tout nu, en laissant tomber le drap… C’est en effet ce que raconte Marc dans son Évangile.

À côté de la grotte se trouve une église dédiée à la Vierge Marie, que se partagent grecs orthodoxes, syriaques, coptes et arméniens. On y descend par un escalier d’une quarantaine de marches, bordé de chapelles dédiées aux parents de Marie, Anne et Joachim. Au centre de la nef, une grotte avec un tombeau : c’est peut-être celui où l’on a déposé le corps de Marie avant l’Assomption.

Après le repas du soir, rencontre avec le Docteur Safar, pédiatre palestinien vivant à Jérusalem. C’est un chrétien de rite syriaque, dont la langue maternelle est l’araméen, la langue que parlait Jésus. Sa famille est originaire de Turquie, et son grand-père a survécu aux massacres de 1895 et 1915. Il dresse un tableau historique du passé de la Terre Sainte extrêmement précis. Sa conclusion est que cette terre ne peut appartenir seulement aux Palestiniens, mais qu’elle ne peut appartenir seulement aux Juifs. Les deux peuples sont las de la guerre. Quant aux chrétiens des deux nationalités, ils sont toujours entre le marteau et l’enclume et beaucoup se découragent. D’autant que le bouclage des territoires autonomes est de plus en plus sévère. Question angoissante : étant donné la fuite des jeunes, faut-il envisager qu’un jour il n’y ait plus de chrétiens en Terre Sainte ? Quelques signes positifs : des jeunes reviennent, décidés à vivre ici coûte que coûte ; il y a des conversions au christianisme, même de musulmans ; les « chrétiens de base » ont convaincu leurs clergés respectifs, depuis quelques années, de fêter Noël et Pâques le même jour. Mais il y a aussi des drames. Le tableau n’est pas vraiment encourageant, même si le docteur se veut optimiste. Pour finir, il récite le Pater en araméen, et nous le reprenons ensemble en français.

Mercredi 24 février
Consigne du jour : « Marcher avec persévérance ». Pour ce qui est du pèlerinage, pas de problème, ce n’est pas trop long, même si on marche beaucoup à Jérusalem. Mais c’est ensuite que ça devient plus dur.

Nous entrons dans la vieille ville par la porte des Lions, et nous voici en territoire français, à l’église Sainte-Anne. C’est une église romane bâtie par les croisés (une des rares qui existent encore), haut lieu où une tradition, celle du protévangile de Jacques, situe la nativité de Marie. Ce qui est certain, en tout cas, c’est qu’à côté de l’église, on a trouvé les restes de la piscine de Béthesda, la piscine aux 5 portiques où il fallait descendre dès qu’un ange agitait l’eau si l’on voulait être guéri. Et Jésus y guérit un malheureux infirme qui, n’ayant personne pour le porter à l’eau au bon moment, arrivait toujours trop tard. Amine nous raconte de façon détaillée l’histoire de cette piscine au double bassin, objet d’un culte guérisseur païen bien avant l’époque de Jésus.

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Nous nous engageons ensuite dans la Via Dolorosa, la voie du Chemin de Croix, qui traverse les souks pour monter au Saint Sépulcre. De même, le passage d’un condamné ne devait guère, à l’époque du Christ, perturber l’activité de la cité, même si les prêtres avaient excité le peuple contre lui.
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Pour la première station, la condamnation de Jésus à mort, nous entrons dans le couvent de l’Ecce Homo, bâti à l’emplacement du prétoire de Ponce Pilate, et nous visitons en sous-sol le Lithostrotos, la place pavée et rainurée où les soldats romains ont gravé leurs jeux.

C’est là que Pilate présenta Jésus au peuple, là que les soldats le couronnèrent d’épines, l’affublèrent d’un manteau de pourpre et se moquèrent de lui en le frappant.
Nous ne nous arrêtons qu’à quelques unes des stations qui jalonnent le chemin de croix et nous arrivons à la basilique du Saint Sépulcre, ou de la Résurrection, ou de l’Anastasie, où se trouvent les cinq dernières (Jésus est dépouillé de ses vêtements ; Jésus est cloué sur la croix ; Jésus meurt sur la croix ; Jésus est descendu de la croix et remis à sa mère ; Jésus est mis au tombeau). Amine fait observer qu’il en faut une quinzième : Jésus est ressuscité ; sans quoi on n’a rien compris à l’histoire du salut !

Nous gravissons, à droite de l’entrée, l’escalier qui mène en haut du Golgotha, où l’on peut vénérer le rocher, visible sous un caisson en verre. Et nous redescendons vers la chapelle des croisés, qui nous est réservée pour la messe, et que nous atteignons après un parcours sinueux et compliqué. Cette basilique est énorme, pleine de détours et de cachettes…
C’est la messe de la Résurrection, en ornements blancs, qu’il faut célébrer ici. Et c’est une belle conclusion au terme du pèlerinage. Car notre Dieu est un Dieu de Vie, et comme le déclare saint Paul « si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine ».

Après la messe, retour à la chapelle du Saint Sépulcre. Comme on ne peut y entrer que 5 à la fois, la file est longue, mais nous parvenons à nous agenouiller tous à notre tour devant cette banquette sépulcrale où Jésus n’est même pas resté trois jours pleins… Nous avons tout juste le temps de jeter un coup d’œil aux mosaïques de la coupole centrale, avant qu’Amine nous conduise au pas de charge à la chapelle de Sainte Hélène.
Sur le parvis, nous récupérons les photos du groupe : il y a des photographes spécialisés dans cet exercice, ils prennent les photos à l’arrivée et ils font leurs tirages en vitesse pendant que le groupe est dans la basilique. Tout est prêt à la sortie.

À midi, nous mangeons dans un restaurant de la vieille ville et faisons un tour dans les souks. On y trouve un peu de tout : alimentation, tissus, objets d’art, bijoux et souvenirs de toutes sortes. Je me fais presser un jus de grenade, délicieux.

Il est l’heure de quitter Jérusalem. Les embouteillages se succèdent : il nous faut une heure et demie pour arriver à une route dégagée, vers Tel-Aviv. Étape à Abu Gosh, un des sites supposés d’Emmaüs. On l’appelle l’Emmaüs des croisés, à 60 stades (à peu près 15 km) de Jérusalem. Après le village, le couvent des bénédictins est niché dans un endroit ravissant, ombragé de palmiers, fleuri de bougainvillées et d’autres fleurs. Au temps des croisés, il appartenait à l’ordre de Saint Jean de Jérusalem. Les moines actuels y ont été envoyés par l’abbé du Bec-Hellouin en 1976, avec la mission d’y maintenir « une présence cordiale ».

C’est le Père Olivier qui nous raconte leur installation, avec beaucoup d’humour et un grand sourire. Ils sont venus à trois, pas très rassurés car les lazaristes qui les avaient précédés avaient renoncé à rester à cause de l’hostilité des gens du village musulman. Les choses se sont améliorées. Le maire musulman a été accueillant avec les bénédictins, et il vient souvent prendre un café le matin avec eux, en dehors du Carême…
Des bénédictines sont venues par la suite, et les offices sont communs, dans la belle église romane qui conserve des restes de fresques du XIIe (ou XIIIe) siècle. Les moines fabriquent du vin et des liqueurs, les religieuses des céramiques très belles. Il y a une crypte sous l’église, avec un bassin alimenté par une source abondante qui a dû décider les croisés à s’installer à cet endroit. C’est là que nous nous recueillons une dernière fois pour l’envoi, la clôture du pèlerinage.

Christian donne sa dernière consigne : « Désirer l’étape finale », sans se décourager comme l’ont fait plusieurs fois les Hébreux au désert. Il est vrai que pour eux, le pèlerinage a duré 40 ans !

Le Père Emmanuel rappelle les temps forts de la semaine, les temps de prière en particulier, et nous prions encore tous ensemble ; donc, Jésus est au milieu de nous et d’ailleurs, nos diacres nous distribuent de petits cartons qui nous rappelleront l’action de l’Esprit Saint.

Encore une étape pour le repas du soir, pris à Neve Shalom (ou Wahat As-Salam, ou l’Oasis de la Paix). C’est un village fondé en 1970 par le frère dominicain Bruno Hussar, juif d’origine, citoyen israélien. Des Juifs et des Palestiniens, musulmans et chrétiens y vivent ensemble. Leur but est de prouver que la coexistence est possible. Ils avouent avoir eu des moments difficiles, mais actuellement, 50 foyers y sont établis de façon stable. De nouveaux candidats s’inscrivent. Et on y accueille des visiteurs et des hôtes, à l’hôtellerie et au restaurant. Bel endroit pour un repas fraternel.
Il faut encore parler des adieux du chauffeur du car, qui a été si discret pendant ces six jours, et qui, ce soir nous adresse un long discours de remerciement plein de gentillesse. Quant à Amine, il est d’abord trop ému pour parler, mais il se reprend bientôt et nous recommande de ne pas oublier les chrétiens de Terre Sainte, qui ont vraiment besoin de nos prières et de notre soutien.

Et c’est le retour. D’abord l’aéroport de Tel-Aviv, où les contrôles ne sont pas trop sévères, bien que les fonctionnaires soient agacés par notre refus absolu de dire un mot en anglais : mais c’est que nous sommes très disciplinés et que nous suivons strictement les consignes de notre organisateur Christian qui nous a bien recommandé de ne pas comprendre l’anglais !… Cela n’empêche pas tous les porteurs de miel de dattes d’avoir leur valise ouverte et fouillée ! À part ça, voyage sans histoire.

C’est déjà le jeudi 25 février Nous débarquons à Bruxelles plutôt somnolents. Une longue attente commence. Ça nous donne tout le temps de dire merci à Christian et Jocelyne, les organisateurs, efficaces et souriants. Mais bon, malgré la grève, notre avion finit par décoller. Nous voilà à Blagnac, puis dans le car, et enfin chez nous. Vite, une douche et au lit.

Difficile de dire ce que j’ai le plus apprécié pendant ces six jours très denses. Je ne voudrais renoncer à rien. Je dirais peut-être les messes, tellement priantes, dans des lieux chargés de tant de souvenirs, et les rencontres, tellement éclairantes. Mais les récits d’Amine restent inoubliables, ainsi que l’atmosphère générale, amicale et chaleureuse.
Anne-Marie (Saïx)



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